vendredi 11 mai 2012

KINOCLUB 18 DIMANCHE 20 MAI

Au programme de ce 18ème KinoClub :

THE GAY DESPERADO
de Rouben Mamoulian (1936, 85')
PIGALLE VORTEX de Fiston et Arthur (2012, 3')
FAVORITE THINGS
de Pouria Hosseinpour (2011, 16')

Deux courts métrages "sensitifs" liés au désir sexuel ("Pigalle Vortex") puis au désir amoureux ("Favorite things") : re-configurer le porno et le détourner de ses enjeux économiques et industriels....
Et un long métrage rare et unique ("The Gay Desperado" de Rouben Mamoulian) qui s'amuse à littéralement hybrider tous les films de genre possibles et imaginables et les faire coexister entre eux malgré tout de sorte à créer des "anachronismes" poétiques via des situations cocasses comiques (ou) et dramatiques...

Comme d'habitude, le film sera projeté en version originale sous-titré français. Et le distributeur de ce dernier (Malavida) sera présent pour soutenir cette séance et confirmer son partenariat pour notre événement !!!


les infos pratiques :
DIMANCHE 20 MAI à 20H
OUVERTURE DES PORTES à 19H - PRIX LIBRE





Derek a été prolixe, une fois de plus, sur ce film de Mamoulian pour lequel il a une affection particulière :

« JE VEUX CHANTER, VIVRE ! »

« Comme disait Mme De Staël, ‘Rien ne retrace le passé comme la musique’, ou bien comme disait Schopenhauer ‘La musique peut se passer du monde, mais le monde ne peut pas se passer de la musique’. » (Lily aime-moi de Maurice Dugowskon)

Grâce à ce film tourné dans le désert de l’Arizona et dans la réserve des Indiens Papagos, Rouben Mamoulian reçut le Prix du meilleur réalisateur par le Cercle des critiques de films de New-York pour l’année 1937. Méconnu du grand public, Mamoulian fut un réalisateur d’une très grande sensibilité. Celle-ci fut notamment perceptible dans sa direction d’acteurs (comparable à Cukor et Borzage), ses partis pris de jeux de lumière et de cadre, et enfin dans l’axe narratif de ses scénarii hétéroclites. Venant du théâtre et originaire de Russie, il s’adonna à tous les genres : la comédie musicale (Applause et La Belle de Moscou), l’épouvante (Dr Jekyll and Mr Hyde), le film noir (Les Carrefours de la ville), la romance ou la comédie sentimentale (Aimez-moi ce soir et Qui perd gagne), le drame sentimental ou historique (Le Cantique des cantiques et Becky Sharp), la fresque historique (La Reine Christine), le western (La Furie de l’or noir). On lui doit notamment Le Signe de Zorro et Arènes sanglantes. Il entamera le tournage de Laura, terminé par Preminger. Il sera également remplacé sur les tournages de Porgy and Bess et Cléopâtre. Il s’éloignera ainsi d’Hollywood avant de se consacrer principalement au théâtre.

« Fantasmant sur les gangsters des films américains, un bandit mexicain veut faire de sa bande un gang comme on en voit au cinéma. Il fait enlever un chanteur pour lui faire chanter la sérénade et s’empare de la belle voiture d’un couple d’américains. Mais la femme du couple tombe amoureuse du chanteur. » (Synopsis du film dans le programme de la Cinémathèque française d’avril 2007 pour le cycle consacré à Rouben Mamoulian)

The Gay Desperado (Le Joyeux Bandit) est un scénario génial et perméable grâce à la désinvolture et à l’imagination du bandit mexicain Pablo Braganza (Leo Carrillo) qui se révèle être un véritable mécène et l’incarnation idéaliste du producteur de cinéma qui ouvre, grâce à son « organisation », toutes les portes sociales de son chanteur personnel (Chivo, joué par Nino Martini) jusqu’à lui permettre une idylle accidentelle, mais aussi d’ébranler joyeusement les frontières du cinéma de genre (le film noir, la ‘screwball comedy(1) ’, la comédie musicale ou sentimentale, le western…).

« Le mot ‘non’ n’existe pas ! » (The Gay Desperado de Rouben Mamoulian)

Très habilement, le film montre la faculté de détournement par les minorités populaires du langage du film de genre américain (les films de gangsters) et le langage très codifié, simplifié et direct dans leurs dialogues. Il s’agit aussi d’une mise en abîme efficace du dispositif d’identification propre au cinéma américain dans cette volonté de toucher chacun d’entre nous au sortir de la crise économique(2).

« C’est en vivant, plus selon les apparences que dans la réalité, qu’on rate sa vie » (Lily aime-moi de Maurice Dugowson)

« Braganza, toi et moi venons de bonnes vieilles familles d’hors-la-loi et je suis à ton service depuis que tu es devenu ‘renegado’. C’était la vraie vie… galoper à travers le désert, se battre avec les ‘rurales’, faire un raid par-ci, brûler une hacienda par-là. Chaque jour, un exploit splendide ! Et puis quoi ? Tu vas au cinéma et tu veux que tes ‘bandidos’ ressemblent aux ‘Americanos’ ! Qu’est-ce qu’ont les gangsters à nous apprendre, à part la lâcheté, les méthodes déloyales, la traîtrise ?
» (The Gay Desperado de Rouben Mamoulian)

Mais The Gay Desperado est avant tout une ode à la trivialité amoureuse, au folklore populaire, aux traditions pittoresques au détriment des genres, des codes (ceux aussi bien industriels que mafieux), des frontières nationales (qui sous-tendent l’arrogance du pays à un autre) à l’image de cette idylle qui contamine le bandit mexicain cinéphile et mélomane qui préfère la voix de son chanteur protégé (et par extension de son idylle avec Ida Lupino) à tout l’or du monde, et abandonne même toute révolution « organisée » (à l’américaine) pour une révolution débridée et pauvre, mais profondément philanthrope !

Derek Woolfenden, avril 2012
(1) Marivaudage et rôles sociaux inter-changés et joués par le couple amoureux.
(2) « Réalisé avec soin et avec savoir faire, ce film comme Love Me Tonight emploie les méthodes des comédies musicales de Clair et de Lubitsch mais, à cause de son originalité, comme fantaisie comique, se moque de son propre matériel et de ses propres moyens. » (David W. Griffith cité par le programme de la Cinémathèque française consacrée à Mamoulian).

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