Au programme de ce 18ème KinoClub :
THE GAY DESPERADO de Rouben Mamoulian (1936, 85')
PIGALLE VORTEX de Fiston et Arthur (2012, 3')
FAVORITE THINGS de Pouria Hosseinpour (2011, 16')
Deux courts métrages "sensitifs" liés au désir sexuel
("Pigalle Vortex") puis au désir amoureux ("Favorite things") :
re-configurer le porno et le détourner de ses enjeux économiques et
industriels....
Et un long métrage rare et unique ("The Gay
Desperado" de Rouben Mamoulian) qui s'amuse à littéralement hybrider
tous les films de genre possibles et imaginables et les faire coexister
entre eux malgré tout de sorte à créer des "anachronismes" poétiques via
des situations cocasses comiques (ou) et dramatiques...
Comme d'habitude, le film sera projeté en version originale sous-titré
français. Et le distributeur de ce dernier (Malavida) sera présent pour
soutenir cette séance et confirmer son partenariat pour notre événement
!!!
les infos pratiques :
DIMANCHE 20 MAI à 20H
OUVERTURE DES PORTES à 19H - PRIX LIBRE

Derek a été prolixe, une fois de plus, sur ce film de Mamoulian pour lequel il a une affection particulière :
« JE VEUX CHANTER, VIVRE ! »
« Comme disait Mme De Staël, ‘Rien ne retrace le passé comme la
musique’, ou bien comme disait Schopenhauer ‘La musique peut se passer
du monde, mais le monde ne peut pas se passer de la musique’. » (Lily
aime-moi de Maurice Dugowskon)
Grâce à ce film tourné dans le
désert de l’Arizona et dans la réserve des Indiens Papagos, Rouben
Mamoulian reçut le Prix du meilleur réalisateur par le Cercle des
critiques de films de New-York pour l’année 1937. Méconnu du grand
public, Mamoulian fut un réalisateur d’une très grande sensibilité.
Celle-ci fut notamment perceptible dans sa direction d’acteurs
(comparable à Cukor et Borzage), ses partis pris de jeux de lumière et
de cadre, et enfin dans l’axe narratif de ses scénarii hétéroclites.
Venant du théâtre et originaire de Russie, il s’adonna à tous les genres
: la comédie musicale (Applause et La Belle de Moscou), l’épouvante (Dr
Jekyll and Mr Hyde), le film noir (Les Carrefours de la ville), la
romance ou la comédie sentimentale (Aimez-moi ce soir et Qui perd
gagne), le drame sentimental ou historique (Le Cantique des cantiques et
Becky Sharp), la fresque historique (La Reine Christine), le western
(La Furie de l’or noir). On lui doit notamment Le Signe de Zorro et
Arènes sanglantes. Il entamera le tournage de Laura, terminé par
Preminger. Il sera également remplacé sur les tournages de Porgy and
Bess et Cléopâtre. Il s’éloignera ainsi d’Hollywood avant de se
consacrer principalement au théâtre.
« Fantasmant sur les
gangsters des films américains, un bandit mexicain veut faire de sa
bande un gang comme on en voit au cinéma. Il fait enlever un chanteur
pour lui faire chanter la sérénade et s’empare de la belle voiture d’un
couple d’américains. Mais la femme du couple tombe amoureuse du
chanteur. » (Synopsis du film dans le programme de la Cinémathèque
française d’avril 2007 pour le cycle consacré à Rouben Mamoulian)
The Gay Desperado (Le Joyeux Bandit) est un scénario génial et
perméable grâce à la désinvolture et à l’imagination du bandit mexicain
Pablo Braganza (Leo Carrillo) qui se révèle être un véritable mécène et
l’incarnation idéaliste du producteur de cinéma qui ouvre, grâce à son «
organisation », toutes les portes sociales de son chanteur personnel
(Chivo, joué par Nino Martini) jusqu’à lui permettre une idylle
accidentelle, mais aussi d’ébranler joyeusement les frontières du cinéma
de genre (le film noir, la ‘screwball comedy(1) ’, la comédie musicale
ou sentimentale, le western…).
« Le mot ‘non’ n’existe pas ! » (The Gay Desperado de Rouben Mamoulian)
Très habilement, le film montre la faculté de détournement par les
minorités populaires du langage du film de genre américain (les films de
gangsters) et le langage très codifié, simplifié et direct dans leurs
dialogues. Il s’agit aussi d’une mise en abîme efficace du dispositif
d’identification propre au cinéma américain dans cette volonté de
toucher chacun d’entre nous au sortir de la crise économique(2).
« C’est en vivant, plus selon les apparences que dans la réalité, qu’on rate sa vie » (Lily aime-moi de Maurice Dugowson)
« Braganza, toi et moi venons de bonnes vieilles familles d’hors-la-loi
et je suis à ton service depuis que tu es devenu ‘renegado’. C’était la
vraie vie… galoper à travers le désert, se battre avec les ‘rurales’,
faire un raid par-ci, brûler une hacienda par-là. Chaque jour, un
exploit splendide ! Et puis quoi ? Tu vas au cinéma et tu veux que tes
‘bandidos’ ressemblent aux ‘Americanos’ ! Qu’est-ce qu’ont les gangsters
à nous apprendre, à part la lâcheté, les méthodes déloyales, la
traîtrise ?
» (The Gay Desperado de Rouben Mamoulian)
Mais
The Gay Desperado est avant tout une ode à la trivialité amoureuse, au
folklore populaire, aux traditions pittoresques au détriment des genres,
des codes (ceux aussi bien industriels que mafieux), des frontières
nationales (qui sous-tendent l’arrogance du pays à un autre) à l’image
de cette idylle qui contamine le bandit mexicain cinéphile et mélomane
qui préfère la voix de son chanteur protégé (et par extension de son
idylle avec Ida Lupino) à tout l’or du monde, et abandonne même toute
révolution « organisée » (à l’américaine) pour une révolution débridée
et pauvre, mais profondément philanthrope !
Derek Woolfenden, avril 2012
(1) Marivaudage et rôles sociaux inter-changés et joués par le couple amoureux.
(2) « Réalisé avec soin et avec savoir faire, ce film comme Love Me
Tonight emploie les méthodes des comédies musicales de Clair et de
Lubitsch mais, à cause de son originalité, comme fantaisie comique, se
moque de son propre matériel et de ses propres moyens. » (David W.
Griffith cité par le programme de la Cinémathèque française consacrée à
Mamoulian).